mercredi 25 août 2010

Cuba va libérer six nouveaux prisonniers politiques

LA HAVANE (AP) — L'église catholique cubaine a rendu publics mardi les noms de six nouveaux prisonniers politiques qui vont être libérés et envoyés en exil en Espagne, dans le cadre d'un accord entre ls deux pays.
Ces nouvelles libérations porteront à 32 le nombre de libérations dans le cadre de cet accord, passé le 7 juillet. Tous ont gagné l'Espagne, et un depuis est parti s'installer au Chili.
Les détenus font partie du "groupe des 75", dissidents arrêtés en mars 2003 lors de la dernière grande vague de répression contre l'opposition au régime castriste, et condamnés à de lourdes peines de prison.
L'accord passé entre le régime cubain et Madrid prévoit la remise en liberté des 52 prisonniers encore dans les geôles cubaines, une vingtaine d'autres ayant été remis en liberté pour raisons de santé depuis sept ans.
Dans un communiqué, le responsable de l'église cubaine Orlando Marquez a fourni les identités des six nouveaux libérables que l'Espagne va accueillir: Victor Arroyo Carmona, Alexis Rodriguez Fernandez, Leonel Grave de Peralta Almenares, Alfredo Dominguez Batista, Prospero Gainza Aguero et Claro Sanchez Altarriba.

Source: Nouvel Observateur

  • Home
  • mercredi 18 août 2010

    Cuba doit mettre fin au harcèlement exercé contre la mère d'un gréviste de la faim décédé

    17 août 2010
    Les autorités cubaines doivent faire le nécessaire pour mettre fin au harcèlement exercé contre la mère d'un prisonnier d'opinion mort des suites de la grève de la faim qu'il avait menée pour obtenir la libération d'autres détenus, a indiqué Amnesty International le 17 août.

    Reina Luisa Tamayo, dont le fils, Orlando Zapata Tamayo, est mort en février, a dit à Amnesty International qu'elle a été harcelée à plusieurs reprises par les autorités et par des sympathisants du gouvernement au cours des marches qu'elle a menées dans la ville de Banes en mémoire de son fils.

    « Reina Luisa Tamayo ne fait que rendre hommage à son fils qui est mort dans des circonstances tragiques, et les autorités doivent respecter cette démarche », a déclaré Kerrie Howard, directrice adjointe du programme Amériques d'Amnesty International.

    Chaque dimanche, Reina Luisa Tamayo, qui est souvent accompagnée par des proches et des amis, se rend à pied depuis chez elle à l'église Nuestra Señora de la Caridad, où elle assiste à la messe, et elle marche ensuite jusqu'au cimetière où son fils Orlando est enterré.

    Dimanche dernier, des sympathisants du gouvernement arrivés tôt dans la matinée ont encerclé la maison de Reina Luisa Tamayo ; celle-ci a dit à Amnesty International que cette manœuvre était destinée à les empêcher, elle, ses proches et ses amis, de défiler et d'aller assister à la messe à l'église.

    Les forces de sécurité cubaines auraient par ailleurs arrêté à leur domicile, jusqu'à 24 heures à l'avance, des femmes qui devaient participer au défilé, sans expliquer les raisons de cette mesure.

    Reina Luisa a expliqué à Amnesty International que six haut-parleurs avaient été installés près de sa maison et qu'ils étaient utilisés pour crier des slogans contre elle et contre les Femmes en blanc, une organisation regroupant des parentes de prisonniers d'opinion réclamant la libération de ces derniers.

    Le 8 août, Reina Luisa Tamayo a dû faire face à des sympathisants du gouvernement qui lui ont bloqué la route et qui, selon son récit, ont frappé des amis et des proches qui l'accompagnaient. Elle a ajouté qu'une patrouille de policiers garés à proximité avaient assisté à la scène sans intervenir.

    Amnesty International s'est également dite préoccupée par une récente série d'arrestations de journalistes indépendants et de dissidents opérées par la police.

    L'écrivain Luis Felipe Rojas Rozabal a été arrêté par la police lundi à sept heures du matin à son domicile dans la ville de San Germán, dans la province de Holguín.

    Sa famille ignore pourquoi il a été arrêté mais elle pense que cela pourrait être lié au fait qu'il a critiqué le gouvernement. Il a plusieurs fois par le passé été arrêté de manière arbitraire dans des circonstances similaires.

    Plusieurs membres de l'Alliance démocratique orientale, un réseau d'organisations politiques dissidentes, ont également été arrêtés.

    « Alors que le gouvernement cubain a commencé à libérer des prisonniers d'opinion, la campagne de harcèlement contre Reina Luisa Tamayo et les arrestations arbitraires de journalistes et de dissidents montrent que les autorités ont encore de considérables progrès à faire en ce qui concerne la situation des droits humains », a souligné Kerrie Howard.

    Orlando Zapata Tamayo a été arrêté en mars 2003 et condamné un an après à trois ans de prison pour « irrespect », « trouble à l'ordre public » et « rébellion ».

    Cette sentence a marqué le début d'une série de condamnations pour « désobéissance » et « atteinte à la tranquillité d'un établissement pénitentiaire ».

    Orlando Zapata Tamayo compte parmi les nombreux prisonniers d'opinion qui ont été adoptés par Amnesty International à Cuba à l'époque. La plupart d'entre eux font partie des 75 personnes arrêtées dans le cadre de la répression massive menée par les autorités contre les militants politiques en mars 2003.

    Début décembre 2009, Orlando Zapata Tamayo a entamé une grève de la faim pour obtenir la libération des prisonniers d'opinion à Cuba. Il est mort le 23 février 2010.

    On dénombre actuellement au moins trente prisonniers d'opinion dans les prisons cubaines. Amnesty International demande leur libération immédiate et sans condition.

    Pour en savoir plus

    Cuba : une «dame en blanc» évoque la répression policière (nouvelle, 23 mars 2010)
    Cuba : les Dames en blanc sont exposées aux coups et aux mesures d'intimidation (nouvelle, 18 mars 2010)

    Source: Amnesty International


  • Home
  • mardi 10 août 2010

    Cuba, un récif contre la modernité


    Il est apparu devant le Parlement cubain. Fidel Castro a fait retentir samedi pendant dix minutes ses accents révolutionnaires. L'ex-Líder máximo avait enfilé de nouveau sa chemise de treillis kaki, laissant de côté son survêtement de marque germano-mondiale Adidas.

    L'homme, qui fêtera vendredi ses 84 ans, n'était pas apparu en direct à la télévision depuis quatre ans. Sur les écrans plasma du monde entier ont circulé ces images, celles d'un temps ancien qui ne veut pas disparaître.
    Régulièrement, des nouvelles amusent. Certains îlots résistent à la marche d'un monde qui s'engouffre dans la globalisation.

    Ces régimes, à Cuba comme en Corée du Nord, ne constituent plus de péril pour le modèle occidental, même si les armes qu'ils détiennent présentent un danger pour l'intégrité des pays voisins.
    S'il n'était le bien-être des peuples enfermés et parfois affamés, ces permanences du siècle dernier prêteraient à sourire.

    À La Havane, à Pyongyang, mais aussi à Téhéran, la révolution communiste ou islamique dresse des digues contre les crues de modernité.

    Il ressort de ces images, plus qu'une désuétude, un décalage de vitesses. Comme un bolide dépassant une bicyclette égarée sur l'autoroute.

    D'un côté, le pouvoir castriste se maintient depuis 50 ans dans son décorum rouge et kaki. Le frère cadet Raúl, à la tête de l'île depuis quatre ans, a réformé à la marge. Sur l'autre rive, nos démocraties foncent à tombeau ouvert. La démocratie d'aujourd'hui n'est plus celle d'antan, avec les allocutions gaulliennes dans la lucarne, ni celle d'avant-hier, avec ses débats télévisés. Elle est emportée dans l'abîme de l'instantané. La vérité de lundi n'est pas celle de mardi. Un débat éclôt et s'éclipse à la vitesse d'un double clic.

    Le buzz est éclair, l'opinion aussi. L'avis des Français est photographié immédiatement. Une polémique, une proposition, un sondage : voici le triptyque de la démocratie actuelle, sans cesse en accélération.

    Certains pays érigent des barrières face à Internet. La Chine a posé des limites à Google. L'Arabie saoudite, la semaine dernière, a suspendu les téléphones BlackBerry, qui rendaient difficile le contrôle des données échangées. Des arrangements ont été trouvés ici et là entre les exigences des régimes et la liberté d'Internet.

    Avec son folklore triste, Fidel Castro montre qu'il existe encore des récifs sans compromis, des résistances au temps qui passe et qui accélère. Et à ceux qui enragent des travers de la démocratie, l'image de l'ancien Líder máximo rappelle la phrase de Churchill : « La démocratie est le pire des systèmes de gouvernement, à l'exception de tous ceux qui ont été expérimentés. »

    Source: Voix du Nord


  • Home
  • samedi 7 août 2010

    «Actualiser» le socialisme par une cure d'amaigrissement de l'Etat

    LA HAVANE - Moins de restrictions pour les travailleurs indépendants ou diminution des effectifs pléthoriques de l'Etat, Cuba veut «actualiser son modèle socialiste» pour relancer une économie exsangue, mais les premiers résultats pourraient se faire attendre encore longtemps. Devant le Parlement réuni dimanche, le président Raul Castro a annoncé que «l'exercice du travail indépendant» serait facilité pour offrir une «alternative» aux centaines de milliers de fonctionnaires «excédentaires» devant acceptés d'être «réorientés» vers des secteurs manquant de main-d'oeuvre, notamment agricole, ou se retrouver peut-être sans emploi.
    Cette cure d'amaigrissement de l'administration, dont les contours sont encore très flous, pourrait se dérouler sur cinq ans, selon les médias cubains.
    Le ministre de l'Economie, Manuel Marrero, a souligné qu'il s'agissait d'une «actualisation du modèle socialiste» visant, entre autres, à désengager l'Etat, qui contrôle plus de 90% de l'économie, de la gestion de petits commerces pour lui permettre de se concentrer sur les «choses les plus importantes».
    Il sera ainsi désormais plus facile pour les Cubains d'obtenir un permis pour travailler à leur compte - comme le font actuellement 148 000 d'entre eux, coiffeurs, chauffeurs de taxis ou restauration -, et d'embaucher des employés tout en payant des impôts.
    Pour l'économiste dissident Oscar Espinosa, «il s'agit d'une mesure positive qui ouvre la porte à des changements, à la création de petites et moyennes entreprises, même s'il faut attendre de voir quand et comment cela sera mis en application».
    «C'est le début d'une politique moins centralisée qui permettra davantage de décisions aux échelons inférieurs de l'Etat», ajoute-t-il, en faisant aussi allusion à la décision du gouvernement de créer deux nouvelles provinces.
    Les petits commerces privés, comme les restaurants, devaient jusque là rester dans le giron de la famille. L'embauche de travailleurs indépendants n'était permise que pour les travaux agricoles, un secteur en déclin constant depuis la chute de l'allié soviétique en 1991.
    La récolte de canne à sucre, jadis fleuron de l'économie cubaine, doit ainsi être cette année la pire depuis un siècle sur l'île communiste, selon la presse cubaine.
    Noris Rodriguez, une Havanaise de 59 ans, se réjouit de la mesure qui permettra à son mari de travailler à son compte. Mais peu de Cubains vont, selon elle, accepter un travail dans le secteur agricole réputé très dur. «Les gens préfèrent vivre en ville de bric et de broc», dit-elle.
    L'économie cubaine, fortement dépendante des importations, notamment de denrées alimentaires, est minée par la corruption entretenant un imposant marché noir, une bureaucratie pléthorique et un embargo américain en vigueur depuis 48 ans.
    Raul Castro veut stimuler la production locale pour réduire les dépenses alors que l'Etat se trouve à court de devises pour payer ses créanciers en raison d'une baisse des recettes provenant du tourisme et de l'exportation des matières premières.
    Mais deux importantes mesures adoptées il y a un an, l'octroi à de petits exploitants privés des terres d'Etat en friche et la revalorisation des salaires - en moyenne de 20 dollars par mois actuellement -, sont mises en oeuvre très lentement en raison de lourdeurs bureaucratiques.
    Raul Castro, qui a pris la relève de son frère Fidel il y a quatre ans, a nié une "lutte de tendances" au sein du Parti communiste qui pourrait freiner ces changements essentiels à la sauvegarde du système très dispendieux de protection sociale cubain.
    La presse cubaine a passé sous silence lundi la décision du gouvernement de construire 16 terrains de golf comprenant des villas à vendre pour de riches étrangers, une première du genre depuis la crise des années 1990.

    Source: Canoe


  • Home
  • lundi 2 août 2010

    Cuba vendra des villas aux étrangers, une première depuis 1990

    Cuba va ouvrir en janvier des négociations avec les sociétés étrangères intéressées à investir dans la construction de 16 terrains de golf comprenant des villas qui pourront être achetées par étrangers, a déclaré dimanche le ministre du Tourisme Manuel Marrero.


    Pas pour les cubains

    Des entreprises mixtes entre l'État cubain et des capitaux étrangers seront chargés de développer ce projet de luxe qui permettra aux étrangers d'acheter des maisons pour la première fois depuis la crise économique des années 1990, a déclaré à la presse le ministre en marge d'une séance du Parlement.

    Entre 1995 et 2000, les étrangers pouvaient acquérir des appartements dans des édifices neufs.

    La législation cubaine interdit depuis la propriété immobilière pour les étrangers - ou les Cubains émigrés -. Les Cubains ne peuvent non plus vendre ou acheter une maison, mais seulement «échanger» la maison où ils vivent avec une autre personne s'ils veulent déménager dans un autre quartier ou une autre ville.

    Des 16 projets qui ont été approuvés par le «Conseil des ministres», quatre se trouveront à Holguin (est) et les autres dans les régions de Pinar del Rio (ouest), de La Havane et de la station balnéaire de Varadero, à 150 km à l'est de la capitale, selon le ministre.

    Ce projet vise à stimuler l'industrie touristique cubaine qui a connu une baisse de ces recettes depuis le début de l'année en raison de la crise économique mondiale, selon les autorités cubaines.

    Cuba reçoit chaque année plus de 2,2 millions de touristes principalement canadiens et européens - les touristes américains sont interdits de visite dans le cadre de l'embargo américain - qui rapportent aux caisses de l'État quelque 2 milliards de dollars.

    Le gouvernement de Raul Castro, qui cherche à renflouer les caisses de l'État, tente de relancer une économie exsangue en réduisant les dépenses d'importation et en stimulant la production locale.

    Le ministre de l'Economie Marino Murillo avait souligné plus tôt dimanche que Cuba allait poursuivre peu à peu le processus de privatisations de petits commerces entamés il y a trois mois avec les salons de coiffure pour permettre à l'État, qui contrôle plus de 90% de l'économie, de «s'occuper des choses les plus importantes».

    Source: Cyberpresse

  • Home
  • mercredi 28 juillet 2010

    Cuba: un ex-prisonnier politique part pour les Etats-Unis pour être soigné

    "Il reste très peu de temps à ce gouvernement, à cette dictature, et c'est pourquoi je pense que c'est un voyage temporaire", a déclaré à la presse l'opposant juste avant son départ avec son épouse pour Miami (Floride) où réside son frère Miguel, également un ancien prisonnier politique.

    Ariel Sigler, 46 ans, qui avait été condamné en 2003 à 20 ans de prison pour ses activités anticastristes, avait été le premier prisonnier politique libéré après la médiation de l'Eglise catholique de Cuba auprès du président Raul Castro. Il souffre depuis 2008 de paraplégie.


    L'Eglise avait par la suite annoncé en juillet la libération dans un délai maximal de quatre mois des 52 opposants qui restaient sous les verrous après la vague de répression de mars 2003. Vingt d'entre eux ont jusqu'à présent été libérés et ont été accueillis par l'Espagne.


    A l'issue de ce processus de libérations, le plus important sous la présidence de Raul Castro, Cuba devrait compter une centaine de prisonniers politiques, selon la Commission cubaine pour la défense des droits de l'homme, une organisation illégale, mais tolérée par le pouvoir.


    Les autorités cubaines considèrent les opposants comme des "mercenaires" à la solde des Etats-Unis qui imposent depuis 48 ans un embargo à l'île.

      
    Source: L'express






  • Home
  • dimanche 25 juillet 2010

    RSF: Entretien avec notre correspondant libéré Ricardo González Alfonso

    Madrid, le 16 juillet 2010, 14 heures, à la cafeteria de l’hôtel Welcome où le gouvernement espagnol a hébergé les dissidents cubains récemment libérés. Parmi eux, 11 journalistes, dont Ricardo González Alfonso, correspondant de Reporters sans frontières, emprisonné avec 74 autres opposants politiques lors du ‘‘Printemps noir’’ du 18 mars 2003 et condamné à 20 ans de prison.

    Voici son témoignage, ses premières impressions et ses projets futurs.

    Quelles sont vos premières émotions en sortant de prison ?
    Je suis à Madrid, mais mon esprit est encore à Cuba. Parfois, dans les discussions, je continue à dire ‘‘ici’’ en parlant de ma patrie. Pour la première fois après sept ans et quatre mois de détention, je peux me réveiller à côté de mon épouse. À la prison, il y avait des visites conjugales, d’abord tous les cinq mois, après, tous les trois mois, et finalement, tous les deux mois. Mais c’était des visites de trois heures. Cela me manquait de me réveiller à côté de ma femme. Pendant mon voyage en avion vers l’Espagne, j’ai vu pour la première fois depuis longtemps un couteau. Un couteau en métal, une chose si peu importante, mais interdite en prison. Cela m’a surpris et presque fait peur. Une autre chose : l’émotion devant mon premier plat chaud depuis sept ans. C’est un mélange de plusieurs petites choses, mais elles peuvent donner une idée de la confusion que l’on ressent dans ces moments, et du besoin que l’on a de s’adapter psychologiquement aux nouvelles circonstances.

    Comment avez-vous vécu votre libération, depuis le moment où vous avez appris la nouvelle jusqu’à votre départ de Cuba ?

    Tout a commencé avec une rumeur à l’Hôpital national des reclus, où je suivais un traitement. Un prisonnier auquel je faisais confiance m’a dit qu’il avait entendu à la radio que le gouvernement avait annoncé la libération de 45 prisonniers. Peu après, à l’hôpital, un autre collègue, Julio César Gálvez (journaliste aussi libéré), m’a confirmé la nouvelle, mais il n’avait pas plus d’informations. Quand je suis retourné dans ma cellule, j’ai demandé le journal la Granma. Il parlait des libérations, mais on ne connaissait pas le nom des prisonniers choisis. Le même jour, jeudi 8 juillet vers 18 heures, j’ai reçu un appel téléphonique du cardinal Jaime Ortega : l’archevêque de La Havane m’a informé que j’étais dans la liste de prisonniers libérés qui voyageraient en Espagne, si j’étais d’accord. Je lui ai expliqué : quand j’ai connu mon épouse Alida, elle voulait émigrer aux Etats-Unis. Moi je ne voulais pas partir. Quelques jours après mon arrestation, Alida a reçu une permission définitive de sortie. Mais elle n’a pas voulu m’abandonner. Elle a refusé le permis et a pris la décision de rester avec moi. C’est clair qu’une décision comme cela crée un engagement très fort entre deux personnes. Quand les libérations ont commencé, au début de l’année 2004, on a parlé une nouvelle fois de ça. Ma libération est arrivée quelques années plus tard, avec une permission de sortie immédiate. Alors, comme je l’avais promis à mon épouse, fidèle à mon engagement et à sa fidélité, nous avons émigré. La première étape a été très dure pour moi, par rapport à mes fils. J’ai deux enfants de mon premier mariage. Quand j’ai pris la décision de partir, mon ancienne épouse ne voulait pas émigrer. Notre enfant le plus jeune ne voulait pas se séparer de sa mère. Avec l’aide de mes amis, j’ai essayé de la convaincre. Finalement, j’ai eu la chance d’émigrer avec mes deux enfants, mon épouse et la mère de mes enfants. Je suis l’un des rares Cubains qui a pu partir entouré de toute sa famille.

    Au moment de votre libération, le cardinal Ortega vous a-t-il donné le choix entre rester ou quitter le pays ?
    Ce n’était pas clair. Mais il m’a précisé que les personnes qui partaient avec moi pourraient rentrer sans autorisation, un fait exceptionnel car tout Cubain qui émigre définitivement doit demander une autorisation pour rentrer dans le pays. Bien sûr, cette disposition est une violation de l’article 3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, mais dans notre pays cela se passe comme ça. Le cardinal m’a aussi expliqué que ma propriété ne serait pas confisquée. Par contre, il m’a demandé de prendre une décision immédiatement.

    Vous deviez donc donner une réponse tout de suite ?
    Oui, immédiatement. Le cardinal m’a expliqué que les démarches seraient faites rapidement, qu’il ne pouvait pas perdre une minute : je devais donner une réponse tout de suite.

    Quelles étaient vos conditions de détention pendant ces sept années ?
    Il y a eu plusieurs étapes. Le processus d’instruction, au total 36 jours – avant et après le jugement –, s’est déroulé à Villa Marista, siège de la Sécurité cubaine. J’étais obligé de dormir dans une cellule murée face à la lumière qui n’était jamais éteinte. L’eau pour boire et pour prendre la douche était rationnée. On subissait des interrogatoires le matin, l’après-midi, le soir, la nuit, alors on dormait peu et par intermittence. C’étaient les conditions jusqu’au jugement. Ensuite, les interrogatoires sont devenus des ‘‘discussions’’ se déroulant le matin et l’après-midi. Nous sommes restés là-bas jusqu’au 24 avril 2003, date à laquelle nous avons été envoyés dans une prison de haute sécurité, Kilo 8, à Camagüey, dans des conditions très sévères. Dans ma cellule, il y avait à côté du lit des petites toilettes à la turque. Il n’y avait pas de place pour une douche, mais seulement pour un tube d’où sortait l’eau qui s’écoulait au-dessus des toilettes. On y prenait le petit-déjeuner, on y mangeait et on y dînait. On y recevait les soins médicaux. Du lundi au vendredi, s’il ne pleuvait pas, on sortait dans un couloir pour prendre le soleil. Si j’écartais les bras, je touchais les murs. C’était comme une cellule, mais au lieu d’avoir un toit il y avait des grilles. À midi je prenais le soleil, sinon, je ne recevais que quelques rayons. Notre situation a ensuite changé et j’ai vécu trois mois sans électricité. Puis trois mois avec la lumière toujours allumée.

    Tout cela, à Camagüey ?
    Oui, je parle toujours de la prison Kilo 8 de Camagüey, à 533 kilomètres de La Havane, où habitait ma famille. Le dernier mois, on a pu allumer et éteindre la lumière, un grand avantage. J’ai alors écris un livre de poésie, “Hombre sin rostro” (Homme sans visage), qui reflète les atrocités que j’ai vécues dans cet endroit à cause de mes idéaux, de ma volonté de défendre la liberté d’expression, mon quotidien et celui des autres prisonniers. J’ai été puni pour ce livre. Ils m’ont envoyé dans une zone spéciale où se trouvent les prisonniers les plus dangereux de Cuba, ceux qui ne sont admis dans aucune autre prison. De sorte que, dans le centre pénitencier de Camagüey, il n’y avait personne originaire de Camagüey : tous venaient d’autres provinces. Un jour, l’un d’eux m’a avoué que trois d’entre eux étaient là pour me harceler. Ils étaient envoyés par la Sécurité de l’Etat pour me faire souffrir. Afin de mettre un terme à ce châtiment j’ai entamé une grève de la faim pour demander aux autorités de me traiter comme les autres détenus. Ensuite j’ai été transféré dans une autre prison, celle d’Aguica, dans la province de Matanzas, où mes conditions de santé ont empiré. Ils m’ont amené plusieurs fois à l’Hôpital national des reclus, où j’ai subi trois interventions chirurgicales. Puis, à partir du 7 décembre 2004, je suis resté à Combinado del Este, à La Havane. D’abord, j’étais dans le Bâtiment 2, ensuite, je suis rentré à l’hôpital. Finalement, nous avons été expulsés parce qu’on avait organisé une manifestation. Pendant les trois dernières années de ma détention, j’étais tout seul dans une cellule grâce à des protestations, des menaces de grève de la faim, et la campagne internationale menée par ma femme. Je suis aussi arrivé à obtenir de meilleures conditions de détention pour d’autres prisonniers de droit commun : la possibilité d’avoir la porte de la cellule ouverte de 6 heures à 18 heures, d’avoir de la lumière et de pouvoir l’allumer et l’éteindre. Le reste était la rigueur de n’importe quelle autre prison, en prenant en compte le fait que je refusais de porter l’uniforme des prisonniers de droit commun car je n’en étais pas un. Je m’habillais donc en civil. C’est la raison pour laquelle ils ont appréhendé ma sœur quand elle est venue de New York me rendre visite. A son arrivée à l’aéroport José Martí de La Havane, la police politique cubaine a fait pression sur elle pour qu’elle me convainque de porter l’uniforme de prisonnier de droit commun. La pression psychologique a été si forte qu’elle s’est évanouie. Elle avait 71 ans.

    Et les conditions d’hygiène ?
    Il y a eu plusieurs étapes. Par exemple, quand j’étais dans la cellule murée à Camagüey, puni pour ma grève de la faim, le sol grouillait de rats. Cela faisait partie de la punition. Dans ma cellule, les toilettes étaient accolées à mon lit. Sous les toits – je l’ai vu dans toutes les prisons où j’ai été, sans exception – il y avait une humidité impressionnante. Les prisonniers faisaient des canaux avec des sacs plastiques attachés pour que les fuites des conduits ne tombent pas sur nous quand nous étions en train de dormir ou de manger. Dans les deux dernières cellules où j’étais, l’humidité était permanente, l’eau coulait des murs.

    De quelle manière cela a-t-il affecté votre santé ?
    Bon, je ne supporte pas l’humidité. J’avais besoin de suivre un traitement antihistaminique permanent. Je souffre aussi de migraine, donc je prenais des analgésiques. De plus, je suis rentré dans la prison à 53 ans et j’en suis ressorti à 60. Logiquement, toute cette humidité a empiré mon arthrose.

    Le suivi médical était-il satisfaisant ?
    J’ai eu un traitement privilégié comparé aux prisonniers de droit commun, et même par rapport aux autres prisonniers politiques.

    Que pensez-vous de la politique de libération de prisonniers menée par le gouvernement cubain ?
    Le gouvernement cubain s’est sans doute vu obligé d’entamer des négociations pour ces libérations. Une série d’évènements a débuté avec la mort d’Orlando Zapata Tamayo : la grève de la faim de Guillermo Fariñas, la lutte des Dames en blanc (Damas de Blanco) dans les rues de La Havane, le soutien de plusieurs organisations internationales et des exilés politiques, la pression de certains gouvernements démocratiques de différentes régions du monde et la situation économique très critique. Tous ces éléments ont crée une situation favorable. Quand le dialogue entre l’Eglise catholique et le gouvernement de Raúl Castro a commencé, le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Ángel Moratinos, est intervenu en tant qu’observateur pour faciliter la libération des prisonniers du ‘‘Printemps noir’’ de 2003, afin qu’ils puissent partir en Espagne. J’ai beaucoup d’admiration et de respect pour les prisonniers qui ont pris la décision de ne pas quitter Cuba, et ce, malgré les pressions du gouvernement. Le régime ne les a pas libérés avant nous, nous qui avons décidé d’émigrer, et ceci est significatif. Si un prisonnier doit émigrer comme nous l’avons fait, directement de la prison à l’aéroport, il faut remplir une série de formalités et de contrôles médicaux. Cependant, quand il faut libérer un prisonnier qui veut rester à Cuba, il suffit d’ouvrir la porte. Il y a sept ans, ils ont arrêté 75 hommes en 72 heures. Maintenant, ils décident d’en libérer 52, et dix d’entre eux veulent rester dans le pays. Le peuvent-ils ? Je me suis toujours demandé pourquoi le gouvernement ne les libérait pas, car il me semble plus simple de libérer ceux qui veulent rester que ceux qui veulent partir. Il est incroyable que soient encore en prison ceux qui ont pris la décision de rester dans leur patrie. Je crains qu’ils soient pris comme garants pour faire pression sur l’Union européenne quand, en septembre, elle prendra la décision de lever ou non les mesures communes prises contre le gouvernement cubain.

    Que faut-il pour que la situation à Cuba change de façon radicale ?
    Personne n’a pas de baguette magique. La seule chose que l’on observe c’est la coïncidence de différents facteurs : une crise économique, l’affaiblissement d’une politique autoritaire qui ne satisfait pas les besoins humain, l’épuisement et l’aggravation des inégalités sociales, les pressions internes et externes. Tous ces facteurs s’additionnent. Je ne suis pas prophète, simplement journaliste et poète. Mais il existe des circonstances propices pour que se produise lentement un changement. Ce mot, changement, est dans l’esprit de tous les membres de la société cubaine. Pas seulement de l’opposition, mais aussi des dirigeants du gouvernement. Mais ils veulent le changement uniquement dans le but de sauver un moribond, alors que l’opposition et la société civile veulent un changement pour la démocratie.

    Quels sont vos projets pour cette nouvelle étape de votre vie, pour la première fois si loin de votre pays ?
    Je n’ai pas encore de statut clair : toutes les formalités sont en cours. Mais j’aimerais connaître le plus tôt possible les circonstances dans lesquelles ma famille et moi pourrons rester en Espagne. La lutte par la liberté d’expression, pour la liberté de mes collègues a commencé dès notre arrivée à l’aéroport de Madrid. Nous avons et nous aurons toujours les mêmes revendications : la liberté de tous les prisonniers politiques est indispensable. C’est un préalable à la complète démocratisation de Cuba, qui est finalement l’unique garantie pour qu’un homme soit libre.
    Interview réalisée par Alessandro Oppes, de la section espagnole de Reporters sans Frontières.

    Source:  RSF


  • Home
  • jeudi 22 juillet 2010

    Cuba: Ariel Sigler, ex-détenu politique, paraplégique, autorisé à partir pour Miami

    Les autorités cubaines ont délivré une autorisation de voyage à Ariel Sigler, un ex-prisonnier politique paraplégique libéré en juin, qui quittera Cuba le 28 juillet pour les Etats-Unis où il sera soigné, a annoncé mercredi une opposante cubaine.

    "Il voyagera mercredi prochain (28 juillet), pour l'heure il part seul", a déclaré l'opposante Martha Beatriz Roque à l'AFP.

    Elle a expliqué qu'Ariel Sigler, 46 ans, devenu paraplégique en prison où il purgeait depuis 2003 une peine de 20 ans pour ses activités anticastristes, lui avait rendu visite à son domicile mercredi, après être allé réserver son billet d'avion pour les Etats-Unis.

    Elle a précisé que l'opposant, qui souffre de maladies chroniques, notamment de polyneuropathie (atteinte du système nerveux périphérique), de problèmes digestifs et rénaux, "recevra un traitement médical à l'hôpital Jackson de Miami", en Floride (sud-est des Etats-Unis).

    Ariel Sigler, remis en liberté le 12 juin, a été le premier détenu politique libéré dans le cadre d'une médiation de l'Eglise catholique cubaine auprès du président Raul Castro. Il avait reçu huit jours plus tard un visa à titre humanitaire de la part Etats-Unis avant d'entamer les démarches en vue de son départ.

    Il s'était plaint que le gouvernement cubain "retarde" la délivrance de l'autorisation de voyage, se mettant notamment violemment en colère lundi dans un bureau des services d'émigration. Cuba a finalement accordé l'autorisation mardi, après une intervention du cardinal Jaime Ortega pour que La Havane accélère la procédure.

    Son épouse, Noelia Pedraza, avait indiqué mardi à l'AFP qu'Ariel Sigler allait s'installer "définitivement" aux Etats-Unis, où réside son frère Miguel, lui aussi ancien détenu politique.

    A la suite du dialogue historique entre l'Eglise et le régime cubain, La Havane a annoncé début juillet la libération progressive de 52 prisonniers sur les 75 (dont Sigler) condamnés en 2003.

    Les libérations ont commencé mi-juillet.
    Source: LePopulaire


  • Home
  • lundi 19 juillet 2010

    Cuba : Castro fait l'intéressant alors que les dissidents libérés racontent

    Les réapparitions répétées deFidel Castro -samedi 17 juillet, quand il se réunit avec des ambassadeurs cubains pour les entretenir des « graves dangers » d'une agressioncontre l'Iran ou la Corée du Nord, il s'agit de sa cinquième activité publique en neuf jours- relèvent d'une décision tactique et, peut-être, d'une vision stratégique à plus longterme. L'une et l'autre sont inquiétantes.

     

    Un rideau de fumée, alors que les dissident arrivent en Espagne

    Commençons par la tactique, qui fut celle du rideau de fumée, de la diversion médiatique, alors que commençaient à arriver à Madrid les premiers prisonniers politiques libérés parRaul Castro après une négociation avec l'église catholique et le ministre des Affaires étrangères espagnol, Miguel Angel Moratinos.
    Alors que les premiers prisonniers cubains racontaient l'horreur de leurs incarcérations et leur refus d'être traités comme des « immigrants » alors qu'ils ont le sentiment d'avoir été « déportés », Fidel vaticinait sur les périls du monde etle plaisirs des dauphins dans les aquariums.
    Ses apparitions déclenchèrent des débats qui ont occupé la presse et Internet pendant quelques jours, glosant sur la bonne forme physique et la prétendue vivacité intellectuelle de Fidel -sans vraiment nous donner la preuve de l'une ou de l'autre- et sur le fait que son nouveau survêtement n'étaitplus un Nike mais un Adidas.
    Pendant ce temps-là, plusieurs prisonniers libérés racontaient -mais les avons-nous entendus ? - les conditions de leur détention à Maite Rico. Le quotidien El Pais a publié un article extraordinaire dans l'édition du 14 juillet :
     »Les prisons cubaines sont des établissements inhumains », raconte ainsi Ricardo Gonzalez, 60 ans, correspondant de Reporters sans frontières dans l'île et l'un des 75 dissidents emprisonnés au printemps 2003 : « Des gens entassés, la fuite des égouts, des cellules où les prisonniers défèquent dans un trou à coté duquel ils dorment. »
    Mais cela,ajoute-t-il, c'est le régime commun à tous les prisonniers. Pour les 75, dont certains avaient été condamnés à des peines de 28 ans, le gouvernement avait prévu le régime de « sévérité maximum ».
    Lui-même fut ainsi détenu pendant trois mois dans un mitard avec la lumière allumée 24 heures sur 24.Lester Gonzalez, un autre dissident âgé de 33 ans, fut par contre enfermé dans un cube d'1,80 m sans lumière. Il ne sortait qu'un moment chaque jour au soleil, du lundi au vendredi.
    Ces prisonniers furent placés dans les prisons les plus éloignées de leurs domiciles. « Nous recevions une visite tous les trois mois, raconte toujours Ricardo Gonzalez, et les visites conjugales deux fois par an. »
    Lui qui vivait à La Havane fut emprisonné dans un établissement distant de 533 kilomètres de la capitale, soit un voyage très compliqué pour sa famille, dans un pays où les transports sont problématiques. 

    « Il est très mal. Ils l'ont cassé psychologiquement »

    Pablo Pacheco, 40 ans, évoque quant à lui la situation terrible des droits communs, dont personne ne se préoccupe, alors que les politiques pouvaient compter sur un soutien de la communauté internationale. Il fut le témoin d'automutilations et de tentatives de suicide.
    Il parle aussi des séquelles physiques de certains dissidents libérés, celles de José Luis Garcia Paneque, notamment, un chirurgien spécialiste des soins aux brûlés, condamné à vingt-quatre ans pour avoir dirigé une agence de presse indépendante, victime d'une infection parasitaire et de dénutrition et qui perdit 40 kilos durant sa détention.
    Les séquelles psychologiques sont également terribles. Ainsi l'économiste Antonio Villareal, qui n'est pas sorti de sa chambre d'hôtel, où sont logés les arrivants, non loin de l'aéroport de Madrid. « Il est très mal », dit de lui Pacheco : « Ils l'ont cassé psychologiquement. » 

    'La libération d'otages séquestrés »

    Ces premiers témoignages évoquent un passage direct de la prison à l'avion. En sortant de leurs cellules, ils furent transférés trois jours dans un hôpital carcéral de La Havane, « où ils nous ont donné à manger du poulet, et où il y avait l'air conditionné, comme si en trois jours ils pouvaient effacer les sept ans durent lesquelles nous ne fumes plus traités en êtres humains », déclare Ricardo Gonzalez.
    L'homme ajoute cette phrase terrible : « Nous nous sentons bannis. C'est ça la réalité.“Pour l'écrivaine cubaine Zoe Valdes, qui était l'aéroport de Madrid, ces libérations suscitent à la fois ‘joie et douleur, car pour être libre tu dois quitter ton pays’.
    Pour Oswaldo Paya, un dissident en liberté à La Havane, à l'origine du ‘ Projet Valera ’ qui avait organisé en 2002 une pétition populaire pour amender la constitution cubaine dans un sens démocratique, ces libérations apparaissent pour ce qu'elles sont : celles ‘ d'otages séquestrés ’.

    Et les autres détenus ? Moratinos joue les Ponce Pilate

    Fidel Castro en s'exhibant soudain dans un tel contexte, a non seulement tenté d'occulter ces récits tragiques mais il a aussi cherché à masquer la réalité d'un autre débat qui a surgi dès les premiers instants et qui devra bien trouver, tôt ou tard, une conclusion : que faire des dissidents qui refuseront l'exil ?
    Alorsque onze prisonniers étaient déjà arrivés à Madrid, Miguel Angel Moratinos annonçait, le 17 juillet, que neuf autres dissidents libérés arriveraient mardi 20 en Espagne. Il restera donc encore 32 prisonniers libérables.
    Un groupe d'une dizaine d'entre eux refusent, d'après des sources qui leur sont proches, de partir en exil. On ne sait pas s'ils seront libérés et autorisés à rester dans l'île, ou s'ils courent le risque de rester en prison. ‘Nous verrons’, a répondu Moratinos. ‘Ce qui est sûr c'est que ceux qui viendront en Espagne seront libérés.’ Voici Ponce-Pilate à la tête de la diplomatie espagnole.

    Deux hypothèses pour interpréter la stratégie de Fidel

    Une dernière réflexion sur les apparitions de Fidel, qui concerne l'éventuelle stratégie de ce dernier face aux réformes que semble envisager Raul.
    Une première lecture est qu'il appuie son frère et vient occuper la scène pour occulter, à l'étranger mais surtout à Cuba, les récits gênants sur la situation des prisonniers, voire l'humiliation officielle de se résoudre à accepter de libérer des reclus dissidents dont, il y a peu encore, on niait l'existence même.
    Fidel ferait alors ‘ l'idiot utile ’ dans cette histoire en visitant un aquarium et en agitant une nouvelle fois la crainte d'une conflagration mondiale.
    C'est possible, mais ça semble tout de même assez improbable. Une autre lecture peut-être faite, et elle est celle d'un désaccord entre Fidel et Raul. Ce dernier, par pragmatisme,serait prêt à engager des réformes depuis longtemps nécessaires et la libération des prisonniers politiques en serait le prix à payer à la communauté internationale pour les mener à bien.
    Fidel, plus idéologue, ou plus sensible à l'histoire, ou simplement plus psychorigide que son frère, s'y opposerait. Il tenterait alors, par ces apparitions multiples, de reconquérir sa place dans l'opinion de l'île et sur la scène mondiale.
    Qu'elles soient un rideau de fumée ou l'annonce de divisions entre les deux frères, les apparitions de Fidel Castro sont aussi maladroites que calamiteuses.
    Dans le premier cas, elles suggèrent de la part des deux Castro une volonté de dissimulation à l'heure de l'ouverture, une ruse grossière pour détourner l'attention, et elles augurent mal des réformes à venir. Dans le second cas, elles suggèrent le refus de ces réformes par Fidel, et pour Raul, le choix d'un conflit fraternel ou du repli.

    Michel Faure

    Source:  Rue89


  • Home
  • samedi 17 juillet 2010

    Pedro Arguelles, dissident cubain, en direct de la prison de Canaletas

    Depuis quelques jours, le gouvernement cubain a commencé à libérer au compte goutte des prisonniers politiques. C'est une bonne nouvelle, mais elle demande a être précisée : les opposants qui ont accepté de se rendre en Espagne pour sortir de prison indiquent qu'ils sont, en fait, déportés ; s'ils retournent à Cuba, ils peuvent être remis en prison à tout moment. Le Ministre espagnol des Affaires Etrangères avait affirmé qu'ils s'étaient rendu en Espagne de leur propre volonté.
    Le reste de ce texte est la retranscription d'une interview téléphonique du dissident Pedro Arguelles, réalisée par la blogueuse cubaine Yoani Sanchez. Pedro Arguelles, qui a refusé de quitter le pays, n'a pas été libéré.

    L'interview peut s'écouter ici. Retranscription. En anglais.

    Yoani Sánchez: Quelle est ta situation actuelle ? Où es-tu et de quoi t'a-t-on informé ?

    Pedro Argüelles: Je suis dans la prison provinciale de Canaletas à Ciego de Avila. Et ce dont on m'a informé, c'est que, le samedi 1o juillet, on m'a emmené au bureau du directeur de la prison, et on m'a passé au téléphone l'archevêque de La Havane, le Cardinal Jaime Ortega. Il m'a informé que j'étais sur une liste de ceux qui pouvait partir pour l'Espagne si j'acceptais de partir. J'ai dit queje n'avais aucun intérêt à abandonner ma patrie. Il m'a demandé aussi pour ma femme, si ça pouvait l'intéresser. J'ai dit non. Très bien, m'a-t-il dit, je vais transmette et il a dit au revoir. C'est tout ce qu'on m'a dit, ils ne m'ont rien dit d'autre, je suis là et j'attends la suite des évènements.

    Yoani Sánchez: Pedro, est-ce que tu penses que ces libérations vont renforcer ou affaiblir le mouvement dissident et le journalisme indépendant à Cuba ?

    Pedro Argüelles: Eh bien, écoute, si ça va le renforcer ou l'affaiblir, je ne peux rien en dire car je suis enfermé ici depuis 7 ans et demi. Je sais qu'il y a de nouveaux groupes, je sais qu'il y a de nouveaux journalistes indépendants, qui poursuivent la lutte civique. Je pense que cela ne va pas l'affaiblir, car de toute façon il y a des forces nouvelles, comme le disait notre apôtre José Marti. Et depuis 1976, quand la toute première cellule du Comité cubain pour les Droits de l'Homme a été crée dans la prison de Combinado del Este, c'était la première cellule et on a pu arriver jusque là aprce qu'il y a constamment eu des personnes qui nous ont rejoints, des gens qui se sont investis, qui sont morts, de nouvelles personnes qui se sont arrivées sur la scène publique. Donc je pense que finalement, la loi qui stipule que tout le monde a le droit et la liberté de décider pour soi même, cette loi s'applique, je n'ai absolument rien contre les frères qui veulent partir, c'est leur décision souveraine, c'est leur liberté. Je me réfère à la pensée de Marti "c'est la responsabilité d'un homme d'être où il est le plus utile". Je crois que là où je suis le plus utile, c'est ici, que c'est l'endroit où je dois combattre pour les droits et la liberté inhérentes à la dignité de la personne humaine et c'est ici que je veux être. Je ne veux être nulle part ailleurs, ici en première ligne du combat contre le régime totalitaire castriste.

    Yoani Sánchez:  Et que fera Pedro Argüelles une fois qu'il sera libéré de la prison de Canaletas ?

    Pedro Argüelles: Je continuerai ce que j'ai commencé à la mi-1992 quand j'ai rejoint le Comité Cubain pour les Droits de l'Homme et poursuivi en 1998 en fondant la Coopérative des Journalistes Indépendants de Ciego de Avila. Je continuerai à dénoncer les violations des Droits de l'Homme et mon combat pour la presse indépendante. Dans le but de parvenir au but espéré et pour lequel nous souffrons, la transition vers une démocratie à Cuba.

    Source: LePost
    Enhanced by Zemanta


  • Home